Un film de Noémie Lvovsky
Pays d'origine France
Durée 1h34
Sortie en France 05/11/2003

Avec
Jean-Pierre Bacri (Jacques)
Nathalie Baye (Carole)
Melvil Poupaud (François)
Isabelle Carré (Edith)

Scénario Noémie Lvovsky et Florence Seyvos
Musique Noémie Lvovsky, Florence Seyvos et Philippe Roueche
Production Renn Productions, France
Distribution ARP Sélection, France




 

Les Sentiments
 
La femme d'à côté
 

02/11/2003
Les jeux de l’amour et du hasard constituant l’éternelle matière première du cinéma français, les risques de répétition et de saturation sont des écueils à esquiver pour tout nouveau film, qui s’aventure dans cette contrée si balisée par ici. On croit avoir tout vu et l’on n’a peut-être pas tort d’ailleurs. On saluera donc d’autant plus sincèrement le très réussi troisième long-métrage de Noémie Lvovsky, au canevas très truffaldien.
Ces « sentiments » ne sont pas écrasés par un titre – programme trop vaste pour eux ou par un casting all-stars mais trouvent au contraire ici un bel écrin, drôle, limpide et poignant. Parsemé de trouvailles, le film passe indéniablement bien la rampe du tout-venant de la comédie sentimentale, douce-amère pour atteindre une grâce simple et rare.

Quadrille

L’exposition est remarquable et nous donne subtilement d’emblée les enjeux qui vont travailler le film. Un jeune couple, François et Edith, emménage dans une maison, sous l’œil bienveillant et protecteur des voisins, Jacques et Carole. Ce n’est pas fortuit, François (joué par un Melvil Poupaud qui retrouve la grande forme) est un médecin débutant, qui doit reprendre la clientèle de Jacques (Bacri égal à lui-même).
Les deux couples sont donc amenés à beaucoup se fréquenter. Deux paires se forment naturellement, un tandem professionnel et un duo d’amies. Pendant que les maris sillonnent la région en vue de la passation de pouvoir, Carole (Nathalie Baye excellente dans un rôle ingrat) se prend d’affection pour la jeune Edith (interprétée par une Isabelle Carré plus attachante et solaire que jamais). L’effet de contraste joue d’abord à plein entre le vieux couple, rentré dans la routine depuis longtemps et l’éclatante santé amoureuse qui unit François et Edith.
Mais à petites touches, Noémie Lvovsky esquisse un tableau bien plus complexe que celui de deux couples bourgeois sans histoire. Carole et Jacques s’ennuient, chacun à sa façon, mais voient tous les deux dans la fraîcheur d’Edith, un extraordinaire bain de jouvence. Cette dernière s’avère bien plus mystérieuse que sa candeur sensuelle de femme-enfant le laissait présager de prime abord. Son mysticisme se heurte secrètement au bel animal froid et rationnel, qu’est François, bon élève et bon mari.
Tout est donc en place pour l’impensable, nœud central et moteur fictionnel du film : l’adultère. Alors que l’on pensait Carole, l’épouse alcoolique et délurée, capable de pervertir son nouveau voisin, à l’allure de jeune premier, c’est Edith, imparable girl next door, qui ne peut s’empêcher de succomber aux approches maladroites de Jacques, en plein démon de midi.
Ce renversement de perspective représente une des grandes idées du film. Nathalie Baye incarne une femme délaissée mais aimante, qui aurait toutes les raisons du monde de tromper son mari mais préfère la solitude éthylique aux aventures extraconjugales. Le personnage d’Isabelle Carré, lui, irradie le film par son étonnement perpétuel, trouvant dans la drague pataude de Jacques, une régénération de son propre désir. Elle trompe François de bonne foi, aussi étrange que cela puisse paraître. Elle l’aime toujours et le cocufie innocemment. Sa liaison avec Jacques n’est pas un divertissement passager, destiné à assouvir quelques pulsions clandestines mais une élévation vers une forme d’absolu.
Mais le mur du réel ne se franchit pas si aisément, la fin du film n’en sera que plus déchirante pour tous les protagonistes.

Sentiments humains, trop humains

Noémie Lvovsky a le grand mérite d’insuffler à son film une loufoquerie (dans sa première moitié surtout) et une folie qui le traversent de part en part. Elle filme notamment une chorale, dont les membres aux mimiques très expressives, chantent, à intervalle régulier, les sentiments des personnages. Sorte de voix off, ce chœur lyrique scande par exemple à merveille la verdeur retrouvée de Jacques, son bonheur à se sentir de nouveau présent au monde.
C’est une des composantes de la grande richesse de ce film, bien moins ordinaire que sa trame pourrait le laissait supposer. Les gags, très inventifs visuellement et verbalement, sont de petites perles décalées, distillées avec bonheur. Ils ne sont jamais gratuits et cadrent bien avec l’esthétique ligne claire, légère mais qui ne demande qu’à s’assombrir. Le film évite ainsi mièvrerie et pathos, s’imposant comme une magnifique variation sur les relations sentimentales.

.::Samuel
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