Un film de Claude Chabrol
Pays d'origine France
Durée 1h44
Sortie en France 19/02/2003

Avec
Anne Charpin-Vasseur (Nathalie Baye)
François (Benoît Magimel)
Tante Line (Suzanne Flon)
Gérard (Bernard Le Coq)

Scénario Caroline Eliacheff, Louise L Lambrichs
Musique Matthieu Chabrol, interprétée par l'Orchestre Symphonique Français
Production MK2 / France 3 Cinéma
Distribution MK2




 

La Fleur du Mal
 
Au coeur du mensonge
 

24/02/2003
Les films de Chabrol sont attendus comme le vin, avec attention et un peu de fébrilité. Est-ce un bon cru, qui réconciliera la critique et le public le temps d’un « film d’auteur populaire » (catégorie essentielle pour la survie de l’espèce) ? Ou au contraire, est-on en présence d’une petite fantaisie du maître, modeste parenthèse entre deux oeuvres majeures ?
Cultivant lui-même, avec jubilation tous les clichés qui l’entourent (le peintre pervers et goguenard de la bourgeoisie provinciale, le Hitchcock français etc …), Chabrol cherche à se réinventer à chacun de ses films. Avec un bonheur variable. Cette « Fleur du mal » qu’il souhaiterait sans doute vénéneuse, s’avère un film très agréable mais assez loin de ses derniers chefs d’œuvre (« Merci pour le chocolat » et surtout l’immense « La cérémonie »).

Une famille en or

Inutile de revenir en détails sur une intrigue assez anguleuse mais dont on suit facilement les contours. Comme toujours chez Chabrol, on pénètre dans l’intimité d’une riche famille, dont la façade heureuse masque une multitude de ressentiments et de conflits. Quelle meilleure région que le Bordelais pour narrer les tourments des Charpin-Vasseur, qui ont érigé le mensonge, l’inceste et le crime en règles fondatrices ? On s’y accouple en famille depuis des générations et on passe sous silence les comportements peu glorieux des uns et des autres pour préserver le prestige et la fortune de la lignée.
Tout irait bien si un tract anonyme sur l’histoire peu reluisante des Charpin-Vasseur, ne déclenchait un séisme familial. C’est le point de départ du film, destiné à délier les langues et à faire exploser le carcan dans lequel tous sont rentrés avec hypocrisie.
Les cinq personnages principaux alors révèlent leur profonde nature et le jeu peut commencer. Tante Line (Suzanne Flon) cherche tant bien que mal à se comporter en gardienne de la mémoire de la famille et à perpétuer la tradition. Anne (Nathalie Baye), elle, est dévorée d’ambitions politiques et cache à peine son attirance pour son colistier et son dégoût pour son mari. Celui-ci (campé par Bernard Le Coq) représente en quelque sorte le salaud idéal et n’en ressent pas la moindre gêne. Quant à la nouvelle génération (la révélation Mélanie Doutey et le toujours très efficace Benoît Magimel), chargée de reprendre le flambeau incestueux, elle semble aussi calculatrice qu’idéaliste. Les cartes sont distribuées, les alliances peuvent se nouer jusqu’à l’inéluctable. L’histoire n’est qu’un éternel recommencement et cette famille, fruit de la honte et de la vengeance (à l’image d’une France blessée par la Collaboration), ne peut survivre que par le meurtre. Il sera donc accompli pour le bien de tous.

Pilotage automatique ?

L’ensemble se suit avec un plaisir assez évident. On admire encore une fois la leçon de mise en scène de Chabrol, toute en demi-teintes, en non-dits et en effleurements. Sa caméra s’immisce chez ces bourgeois aussi condescendants (cf la tournée des HLM de la candidate Anne Charpin-Vasseur) que ridicules. Chabrol demeure ce génial accoucheur de secrets inavouables qui hantent ces grandes familles, qui le fascinent autant qu’il les déteste.
Mais d’où vient ce sentiment que le cinéaste remplit cette fois son cahier des charges, sans transcender un scénario en béton armé ? On ne peut s’empêcher de penser que Chabrol fait du Chabrol pour ses fans, sans doute aux anges à la fin du film. Il manque sans doute l’étincelle qui troublerait cet ordonnancement parfaitement bouclé sur lui-même. Les plans d’enfermement virtuel des personnages derrière des grilles imaginaires agissent comme de lourdes métaphores et finissent par figurer une intrigue encastrée dans sa mécanique implacable.
On en vient alors à regretter l’absence d’une des grandes héroïnes chabroliennes (Stéphane Audran, Isabelle Huppert ou Sandrine Bonnaire). Elles apportaient au cinéma de Chabrol une singulière et bouleversante puissance d’évocation, que l’on peine à retrouver dans « La fleur du mal ».

.::Samuel
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